12.10.2006
Libéralisme et doctrines sociales.
Quelle conception de la société est développée par chacune des grandes théories politiques économiques du 19ème siècle ?
I Le libéralisme.
a) Une théorie économique.
Le libéralisme économique nait en Angleterre au 18ème siècle. Pour les libéraux la loi du marché ( offre et demande) assure naturellement l'équilibre production et consommation. l'Ecossais Adam Smith ( 1723-1790) parle de l'intervention d' une "main invisible".
Loi de l'offre et de la demande : les prix et les quantités fournies sont fixées en fonction de la production et de la demande.
b) Une théorie politique.
Le libéralisme est aussi une doctrine politique. Les libéraux sont très attachés aux libertés fondamentales. ( liberté d'expression, liberté de conscience, etc...). Les libéraux considèrent également que l'État doit réduire au minimum son intervention dans l'économie. Son rôle doit se limiter aux fonctions régaliennes. C'est à dire la justice, l'ordre, la défense et éventuellement l'éducation.
La théorie libérale est souvent résumée par l'expression "Laisser faire, laisser passer".
c) Le libéralisme économique dans les États.
Il s'impose progressivement. En Angleterre, le libéralisme domine l'économie dans la deuxième moitié du 19ème siècle. En France, le second empire sur sa fin devient moins autoritaire sur le plan politique et plus libéral sur le plan économique.
En 1860 est signé un traité libre-échangiste de 1860 avec l ’Angleterre.
Les démocrates assimilent donc le libéralisme économique à la dictature politique de Napoléon III. Par ailleurs, la fin du siècle est marqué par une dépression économique. La République reviendra donc à des pratiques protectionnistes (Tarif Méline en 1892) où les productions nationales sont protégées par des tarifs douaniers.
Dans les années 30 dans le contexte de la Grande Dépression, aux EU, en France et en GB , les États interviendront dans l'économie pour tenter de sortir de la crise. Tous ne sont pas inspirés par les théorie keynésiennes de relance de la production par la consommation.
II Les socialismes.
Le mot socialiste est utilisé à partir de 1820 en Angleterre. Les doctrines socialistes prennent ensuite leur essor en Europe à la fin du XIXème siècle. Par exemple, en 1875, est crée le SPD en Allemagne. Le socialisme se propose de supprimer les inégalités sociales. Il est opposé à l'individualisme et au libéralisme.
Cependant, le socialisme est divisé. Pour simplifier, on peut distinguer 3 socialismes.
a) Le socialisme révolutionnaire marxiste.
Le marxisme se distingue des socialismes qui l'on précédé par l'analyse scientifique de l'économie et de la société. Pour Marx, l'histoire s'explique par la lutte des classes.
Lutte des classes : selon Marx opposition constante dans l'histoire, entre classes dominantes et classes dominées.
Les marxistes souhaitent remplacer la propriété privée par la propriété collective des moyens de production. Cela peut passer par une collectivisation mais aussi par une Étatisation.
Le prolétariat doit prendre le pouvoir. A la suite de cette prise de pouvoir doit être établie une dictature du prolétariat ( phase socialiste) avec un État fort. Pour les marxistes, cette phase serait nécessaire avant de créer une société sans classes et sans État (phase du communisme).
Prolétariat : ceux qui n'ont pour vivre que le travail de leurs mains. ( dans l'antiquité romaine, le terme désignait la couche sociale qui n'avait pour toute richesse que ses enfants. Du latin proles : descendant.
C'est ce socialisme que l'on désigne couramment comme le communisme.b) le socialisme révolutionnaire anarchiste.
une contestation.
Les anarchistes dénoncent la société libérale, le pouvoir de la bourgeoisie.
Ils condamnent l'État et la démocratie parlementaire. Kropotkine, par exemple, écrit dans Paroles d'un révolté " Parisiens, allez donc à la chambre voir vos représentants pour vous dégoûter du gouvernement représentatif".
Un idéal.
Pour les socialistes anarchistes, la solution à la disparition de l'État est la libre association des individus. Dans le domaine politique, on peut parler de fédéralisme ( Principe fédératif- Proudhon), dans le domaine économique, on peut évoquer l'autogestion et le mutualisme ( Proudhon)
Les moyens.
Proudhon est favorable à la grève générale pour abattre l'État bourgeois. " Nos prolétaires ont un si grand soif de science qu'on serait fort mal accueilli d'eux si on avait à leur présenter à boire que du sang " (Proudhon-1856). Certains avec Bakounine préconisent l'emploi de la violence et le recours au terrorisme.
Le socialisme révolutionnaire inspirera le syndicalisme français à ses débuts. Dans une conception anarcho-syndicaliste ( Fernand Pelloutier, Emile Pouget) , la grève générale doit permettre de satisfaire les revendications et abattre le régime capitaliste.
c) Le socialisme réformiste.
Pour les socialistes réformistes, le sort des travailleurs peut être amélioré par des réformes successives.
C'est ce socialisme réformiste que l'on désigne désormais plus couramment comme le socialisme.
En Europe, le socialisme réformiste s'impose. En 1906 est crée en Angleterre, le parti travailliste ( Labour Party )
En France, le socialisme est divisé en factions rivales jusqu'en 1905. Les partis sont plus ou moins révolutionnaires.
Finalement en 1905 , l'essentiel des forces socialistes s'unifie au sein du parti socialiste , section française de l'internationale ouvrière ( SFIO) .
Par la suite le mouvement socialiste français se divise et donne naissance à la suite du congrès de Tours en 1920 au Parti communiste et au Parti socialiste.
III Le traditionalisme.
a) Un rejet.
Le traditionalisme l'industrialisation et la société qu'elle modèle.
La ville est perçue par les traditionalistes comme un monde de perdition puisque la famille traditionnelle y est menacée ( nombreuses naissances hors mariage et union libre). Ils dénoncent d'ailleurs la déchristianisation de la société. Ils condamnent la disparition des hiérarchies "naturelles", l' autorité du père du patron de l'église.
Les traditionalistes condamnent l'individualisme du libéralisme et l'égalitarisme du socialisme.
Certains traditionalistes comme le monarchiste français Charles Maurras rejettent également la démocratie parlementaire.
b) Un idéal.
Les traditionalistes souhaitent le rétablissement des solidarités anciennes et une société hiérarchisée sur le modèle pyramidal de la société d'ancien régime. Ils souhaitent également une société conforme aux valeurs morales du christianisme. Le traditionalisme inspire nettement le paternalisme.
Dans le domaine social, les traditionalistes estiment que des corporations associant patrons et ouvriers remplaceraient avantageusement les syndicats.
Dans le domaine politique, les traditionalistes considèrent que le pouvoir doit revenir aux meilleurs, à l'élite.
En France, le plus célèbre des traditionalistes est Frédéric Le Play ( 1806-1882). Son discours fut relayé par le belge Albert de Mun.
Conclusion :
Si dans sa conception politique, le libéralisme peine à s'imposer dans une Europe de la deuxième moitié du 19ème siècle où dominent les régimes autoritaires, sous sa forme économique il devient dominant et accompagne le processus d'industrialisation. Cependant, le processus d'industrialisation donne naissance à un monde ouvrier exploité qui voit dans les socialismes le moyen d'améliorer son sort. Les traditionalistes, eux, ne s'accommodent pas de cette modernisation de la société et rejettent tout à la fois le libéralisme et le socialisme. Ces idéologies ne meurent pas avec le 19ème siècle. Au XXème siècle, la question est celle de la régulation puisque le libéralisme ne peut seul empêcher la crise. Le contexte de la grande dépression favorisera d'ailleurs l'accession au pouvoir de nouvelles idéologies. Le nazisme, le fascisme mais aussi le communisme seront les supports idéologiques de nouveaux régimes : les totalitarismes. En France, pendant la seconde guerre mondiale certains traditionalistes croiront leur heure arrivée.
Pour voir une chronologie du libéralisme et du socialisme :
Bibliographie :
Denis Brand, Maurice Durousset , Dictionnaire Thématique Histoire et Géographie, Sirey Editions.
Clés pour l'enseignement de l'Histoire, CRDP, Académie de Versailles.
Sous la direction de j-J Becker et G Candar, Histoire des gauches en France, poche La Découverte.
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